Note d'Analyse
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Date d'insertion : 19/03/2004

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Un an de guerre en Irak : Une guerre préventive inutile et contre-productive

par Caroline Pailhe, Chargée de recherche au GRIP

Pour plus d’informations, voir Caroline Pailhe :
Bilan d’un an de guerre en Irak – Analyse des coûts et des éléments déclenchants
Les Rapports du GRIP 2004/2, 15 mars 2004.

 

A. Un premier bilan

  1. Un an après le lancement des offensives contre l’Irak par les Etats-Unis et le Royaume-Uni, de manière unilatérale et en contradiction avec le droit international, on se rend compte que les justifications avancées par les gouvernements américains et britanniques reposaient davantage sur des convictions profondes que sur des éléments concrets :

  1. Ces quatre vues de l’esprit développées par Londres et Washington ont suffi en mars 2003 à légitimer une guerre qui, sur le terrain, loin des discours aux accents messianiques de la Maison-Blanche, a entraîné, depuis mars 2003, la mort d’environ 650 soldats de la coalition et entre 8.000 et 10.000 civils irakiens.

  2. Pour éradiquer une menace inexistante et au nom de la lutte contre le terrorisme, les Etats-Unis ont dépensé au bas mot 70 milliards USD sur 12 mois de guerre pour des chimères. Malgré toutes les démonstrations de force américaines, Ousama Ben Laden, leader d’Al-Qaida et instigateur des attentats du 11 septembre 2001, reste introuvable et le terrorisme ne faiblit pas.

  3. Sur le plan international, les dommages collatéraux de l’offensive américaine en Irak vis-à-vis du système international basé sur un multilatéralisme patiemment mis en place depuis la Deuxième Guerre mondiale et qui aurait pu révéler toutes ses promesses depuis la chute du Mur de Berlin sont énormes. L’onde de choc est encore palpable, tant en ce qui concerne la fracture transatlantique à l’OTAN, la division européenne entre la « vieille » et la « nouvelle » Europe qu’au niveau des Nations unies.

B. Les leçons à tirer

  1. La dissuasion a fonctionné

Le président Bush suggérait qu’en « douze ans de diplomatie », « les efforts pacifiques visant à désarmer l’Irak ont tous échoué les uns après les autres » [1] . Rien n’est moins faux. L’absence d’éléments démontrant que l’Irak n’a pas relancé ses programmes d’armes de destruction massive durant les quatre années où les inspections de l’UNSCOM étaient suspendues sont au contraire le signe que le système international a réussi à endiguer le régime irakien.

Aucune des mesures ne fonctionna exactement comme prévu et toutes rencontrèrent de la résistance. Mais elles apparaissent aujourd’hui comme relativement efficaces, puisqu’elles ont anéanti toute possibilité pour Saddam Hussein de reconstruire des armes de destruction massive.

Les sanctions sont loin d’être un outil parfait. Elles touchent des civils innocents, nécessitent une application internationale sans faille et fonctionnent mieux quand elles sont soutenues par un régime d’inspections. Mais dans de bonnes conditions, elles offrent très certainement une alternative efficace au recours à la force qui, c’est aujourd’hui plus clair que jamais, ne devrait être employé qu’en dernier recours.

Comme le soulignait David Kay après la remise de son rapport intérimaire, « lors d’environ 300 interviews de scientifiques, d’ingénieurs et de représentants de l’administration irakiens, nous avons été surpris de voir combien ils faisaient référence à l’impact des sanctions – réel et perçu – pour expliquer le comportement du régime de Saddam Hussein ». Et de conclure qu’il serait « nécessaire de réévaluer ce que nombre d’entre nous pensaient au sujet de l’impact des sanctions aux cours de toutes ces années » [2] .

  1. Les inspections de l’UNMOVIC (2002-2003) et celle de l’UNSCOM (1991-1998) étaient efficaces

Les évaluations des missions d’inspection internationales, tant de l’UNSCOM en 1998 que de l’UNMOVIC en 2003, sont très proches des résultats des investigations menées sur le terrain après la guerre par les équipes des forces occupantes alors que celles-ci ont pu opérer en « territoire conquis ». La conclusion est donc irrévocable : les inspections ont pu contenir les programmes irakiens de développement d’armes de destruction massive au cours d’une décennie [3] .

  1. Il y avait une alternative à la guerre, coûteuse et menée sans soutien international

Le choix posé à la communauté internationale n’a donc jamais été entre le recours à la force et la passivité, comme le laissaient entendre les partisans de la manière forte.

Il était en effet possible de :

    1. Permettre aux inspections de l’AIEA et de l’UNMOVIC de continuer leur travail d’inspections jusqu’à ce que les recherches et les analyses inspirent suffisamment confiance pour conclure que les programmes d’armement irakien ont été examinés en détails et démantelés.
    2. Démarrer un programme drastique d’ « inspections coercitives » en renforçant le nombre d’inspecteurs, soutenus par l’instauration de zones sans survol aérien et de zones sans mouvements, comme l’ont proposé quelques semaines avant la guerre la France, l’Allemagne et la Russie [4]
Cette alternative était par ailleurs nettement moins coûteuse, financièrement et en vies humaines. Les opérations militaires et l’occupation de l’Irak jusqu’en mars 2004 avoisinerait selon les chiffres officiels les 70 milliards USD, alors que budget annuel de l’UNMOVIC était d’environ 60 millions USD, soit 1.000 fois moins.

C. Des pistes pour l’avenir

  1. En matière de lutte contre la prolifération
  1. En matière de lutte contre le terrorisme
  1. En ce qui concerne le Moyen-Orient

[1] George W. Bush, « Address on Iraq », discours prononcé à Cincinnati, Ohio, 7 octobre 2002.

[2] Ken Firemen, « Iraq Weapons Debate », Newsday, 26 octobre 2003.

[3] Voir Michel Wéry, Les inspections de l’ONU : une solution à la crise irakienne ?, Note d’analyse, GRIP, 14 février 2003.

[4] Mémorandum franco-germano-russe sur l'Irak soumis au Conseil de sécurité, le 24 février 2003.

[5] Interviewé par Gérald Papy dans La Libre Belgique, 15 mars 2004.

[6] Résolution du 3 avril 1991, document des Nations unies S/RES/687 (1991).



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