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Réf. GRIP DATA : G4527
Date d'insertion : 19/02/2004


 

POTS DE VIN DANS L’ACHAT DE MIRAGE BELGES PAR LE CHILI :
L’ENQUETE CONTINUE A SANTIAGO

 

 

Nous reproduisons ici la traduction d’un article de la presse chilienne consacré à la vente en 1994 de 24 Mirage belges au Chili, transaction entachée par le versement d’importantes commissions. Si cette affaire semble ne plus intéresser grand monde en Belgique (à l’époque elle avait été reléguée au second plan par l’affaire Agusta), bien que plusieurs ressortissants belges soient impliqués, elle continue à intéresser la justice et les médias chiliens.


A ce stade, la juge du Tribunal pénal de première instance de Santiago, Sandra Rojas, a déterminé que cinq intermédiaires se sont répartis la somme de 14,5 millions de dollars US. Elle déterminera si l’ancien commandant en chef de la Force aérienne chilienne (FACh) et actuel sénateur coopté, Ramón Vega, était au courant du fait que son gendre Bernardus Van Meer a reçu une commission de 2,5 millions lors de l’opération qui a mené la FACh à faire l’acquisition de 25 Mirage Elkan auprès de sa contrepartie belge en 1994.

La juge est, depuis le 18 décembre dernier, chargée de l’instruction d’une plainte pour fraude fiscale déposée par le CDE (Conseil de Défense de l’État) à la suite d’une commission rogatoire de la justice belge. Bien que Vega ait déclaré qu’aucun versement n’a été effectué lors de l’opération (voir interview ci-dessous), la commission rogatoire a relevé la présence d’intermédiaires qui bénéficièrent d’une partie des 109 millions de dollars US que la FACh a soldés.

Des observateurs proches des enquêtes ont indiqué que ce document n’établit pas si Vega était au courant de la participation de son gendre. Pour déterminer cela, la juge interrogera à nouveau le sénateur et son gendre, en envoyant une équipe d’investigation à Londres, où Van Meer vit avec la fille de l’ex-commandant en chef des FACh.

 

L’ENQUETE SUR LES PAIEMENTS

 

A la mi-2003 le juge d’instruction belge Daniel Fransen a envoyé au Chili une commission rogatoire dans le but de déterminer s’il y eut versement de commissions lors de la vente des Mirage et si les aéronefs qui sont au Chili correspondent avec ceux qui furent effectivement vendus par la Force aérienne belge.

La juge Rojas a pu déterminer que les avions de la FACh basés à Cerro Moreno sont bien ceux qui furent vendus par les Belges. Toutefois, elle a également établi que des intermédiaires furent impliqués dans l’opération.

Les révélations faites par plusieurs témoins ont déterminé que, fin 1993, l’entrepreneur Carlos Honzik fut contacté par Van Meer pour sonder l’intérêt des FACh pour un achat d’avions belges. Il a reçu 14,5 millions de dollars US pour ses démarches, qu’il a réparti entre les différents intermédiaires.

La décès de Honzik en 2001 a éveillé des soupçons en Belgique et il est apparu que le juge Fransen a envoyé un policier au Chili afin de s’assurer des causes naturelles du décès. Ce qui fut bel et bien confirmé.

La juge Rojas, pour sa part, a déterminé qu’une commission de 500.000 dollars US fut versée à la compagnie Europavia, une entreprise aéronautique à la tête de laquelle se trouvait l’ex-chef d’État Major belge Jacques Lefebvre. En 1995, le général belge se suicida après avoir été impliqué dans le scandale Agusta-Dassault déclenché la suite d’une vente d’hélicoptères à l’Italie. L’ancien officier laissa une lettre dans laquelle il parlait de la transaction des Mirage.

François de Smet a également reçu 1,5 millions de dollars US. L’entrepreneur belge, qui vit à présent au Chili, joua un rôle dans la transaction en tant que représentant de la Sabca, la compagnie aéronautique belge qui modernisa 20 des 25 Mirage qui furent vendus au Chili.

Le français Bernard Carayon a reçu quant à lui une somme de 150.000 dollars US. Il aurait en effet assuré le lien entre Lefebvre et Van Meer en 1993. A la fin de l’année dernière, il a subi un interrogatoire à Paris de la part de deux policiers chiliens, auxquels il admit sa participation à la transaction.

Enfin, Bernardus Van Meer a reconnu aux policiers chiliens venus à Londres avoir reçu un versement entre 2,4 et 2,5 millions de dollars US, bien qu’il ait exigé une somme supérieure.

 

EN ATTENTE DU RAPPORT

 

Ces antécédents ont permis au CDE de déposer sa plainte. Celle-ci est à présent en attente du résultat de l’ordre simple d’investigation ouvert sur initiative de la juge. Une fois que les Services d’enquête auront rendu leur rapport, la juge déterminera la portée des premières poursuites.

Des sources judiciaires ont indiqué que, en plus de déterminer le rôle joué par Vega, la juge devra également vérifier si les avions furent vendus à un prix supérieur au prix officiel et si les versements destinés aux intermédiaires furent effectués par des personnes étrangères à l’État chilien ou en dehors du pays. Dans ce cas de figure, aucune poursuite ne serait envisageable à l’encontre des bénéficiaires de ces paiements.

Toutefois, le sénateur Vega a déclaré hier, lors d’une intervention devant le Sénat, n’avoir jamais payé d’intermédiaires, tout en reconnaissant ne pas savoir ce que les autorités belges auraient fait avec l’argent (reçu suite à la vente). « S’il y a eu des intermédiaires la responsabilité relève exclusivement de ceux qui ont vendu les avions », a-t-il indiqué.

 


INTERVIEW DU SENATEUR RAMON VEGA

 

LE SENATEUR RAMON VEGA, EX-COMMANDANT EN CHEF DE LA FORCE AERIENNE CHILIENNE :

« JE NE PEUX PAS PRENDRE POSITION A LA PLACE DE VAN MEER »

Des intermédiaires ont-ils joué un rôle dans la vente des Mirage au Chili ?
Cet achat pour compte de la Fach a été mené de manière très transparente et il n’y a eu ni démarcheurs, ni intermédiaires. Tout simplement, le gouvernement belge a envoyé ses officiers en service actif, je les ai reçus et ils ont formulé cette offre de manière directe. Nous avons nous même fixé le prix, bien qu’ils voulaient un prix fortement supérieur.

Comment peut-on payer des intermédiaires avec un prix aussi élevé ? Bernardus Van Meer, votre gendre, a déclaré avoir reçu une compensation pour cette transaction et avoir contacté l’entrepreneur Carlos Honzik.
Je ne peux pas répondre à la place de monsieur Van Meer. Je peux par contre garantir le fait qu’il n’a jamais fréquenté la FACh, ni pour ce genre de choses, ni pour toute autre, car je faisais en sorte que son influence au sein de la Fach reste tout à fait limitée. Les mêmes considérations s’appliquent à monsieur Honzik, que je connaissais. Par ailleurs, monsieur Van Meer n’entretient avec moi aucune relation commerciale. Le seul lien qui nous unit est familial.

Saviez-vous que monsieur Van Meer a reçu plus que 2 millions de dollars US ?
Non. La résolution de ce problème est du ressort de la justice belge.

Pouvez-vous affirmer que votre gendre n’a pas reçu cette somme ?
Comment pourrais-je dire quelque-chose que je ne sais pas ? Je ne vois pas pourquoi je manifesterais un intérêt quelconque pour cette affaire ! C’est un problème qui concerne exclusivement de l’argent belge, sur lequel le juge belge est en train d’enquêter.

Parlez-vous avec votre gendre ?
Je n’aborderai pas les questions relatives à ma vie privée.

S’il s’avérait qu’il est responsable de quelque-chose, est-ce que cela vous affecterait en tant que beau-père ?
Et pourquoi cela devrait-il m’affecter ? Je ne peux répondre des actes de personne, pas même de ceux de mes propres enfants. Je ne peux répondre que de mes actes et de la manière dont je l’ai posés : de manière professionnelle, transparente et efficace.

 

 

 

Patricio Pino et Juan Pablo Sallaberry
La Tercera (Santiago), 16/01/04

Traduction : Claudio Gramizzi (GRIP)



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