Note d'Analyse
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Réf. GRIP DATA : G2067
Date d'insertion :21/03/2003


Le prix démesuré du recours à la force

par Caroline Pailhe, Chargée de recherche au GRIP

21 mars 2003

 

L’administration américaine n’a pas ménagé ses efforts pour charpenter son argumentation en faveur d’un recours à la force contre l’Irak. Les accusations et allégations avançant que le pouvoir en place à Bagdad représenterait une menace, non seulement terrible mais immédiate, se sont succédées dans les discours officiels américains, tant à la Maison blanche que devant le Conseil de sécurité des Nations unies. L’équipe de George Bush est cependant moins explicite quand il s’agit d’estimer le coût de son aventure militaire.

Différents chiffres ont néanmoins circulé depuis le déploiement de la logique de guerre américaine. Selon le Wall Street Journal, le Washington Post et le Los Angeles Times, le Pentagone aurait récemment laissé entendre aux économistes de la Maison blanche et à certains membres du Congrès qu’il fallait s’attendre à un budget supplémentaire de 60 à 95 milliards de dollars devant couvrir, dans les six premiers mois suivant le début de l’offensive, à la fois les opérations militaires et les premières activités de maintien de la paix et d’occupation en Irak.

Bien que partiel, ce chiffre laisse cependant augurer de ce que pourrait représenter le prix « réel » de la « politique préventive » de l’administration Bush calculé sur la longue période de l’après-conflit. Il faut alors lui ajouter, entre autres, l’aide humanitaire apportée à la population irakienne, la reconstruction, la gestion de l’après-guerre et la diplomatie du tiroir-caisse que les Etats-Unis ont utilisée pour recruter certains de leurs alliés.

Quel que soit le résultat de cet exercice comptable, on dépasse allègrement les 100 à 200 milliards de dollars avancés dès septembre 2002 par Lawrence Lindsay, ancien conseiller économique de la Maison blanche qui s’était attiré les foudres du gouvernement pour ces chiffres par trop élevés. On est en tous cas bien loin des « 50 milliards tout au plus » avancés précédemment par le Secrétaire américain à la défense Donald Rumsfeld.

Même courte, une guerre serait donc chère, de toute façon plus chère que celle de 1991, ne fût-ce que parce que les Etats-Unis devront payer seuls l’addition. Mais surtout parce que, cette fois, l’administration américaine entend renverser le régime de Saddam Hussein. Si l’on peut donc supposer que les coûts militaires directs d’une nouvelle guerre seront moindres qu’en 1991 dans la plupart des scénarios, l’occupation post-conflit, dont la forme reste imprécise, sera par contre considérablement plus élevée. Mais tout laisse penser que l’administration Bush sous-estime l’engagement économique lié à cette guerre qu’elle a décidé de mener « coûte que coûte ».

Si le prix élevé d’un recours à la force n’est, en soi, pas un argument en faveur ou en défaveur de la guerre, il n’empêche que son coût doit impérativement être mesuré, d’abord, par rapport aux objectifs que l’opération est censée réaliser et, enfin, face au coût des alternatives. Car il y avait bien une alternative à la guerre.

Selon les Etats-Unis et le Royaume-Uni, cette « guerre préventive », ou encore « de désarmement », est censée permettre de contrer la menace irakienne et donc de garantir la sécurité internationale. Mais ce sont de bien faibles preuves, parfois même inventées et contrefaites, que les deux pays ont présentées au monde pour justifier leur appréciation de la capacité irakienne dans le domaine nucléaire, chimique et biologique, en matière de missiles de longue portée ainsi qu’en ce qui concerne son soutien au terrorisme. Ces évaluations ont en outre été largement invalidées par les résultats des missions d’inspections menées en Irak par les Nations unies.

Le désarmement pacifique de l’Irak par le biais des inspections a prouvé toute son efficacité, tant entre 1991 et 1998 que depuis le 27 novembre 2002, date du retour des inspecteurs en Irak suite à l’adoption de la résolution 1441.

Ainsi, selon l’avis de tous les experts, durant ses sept années d’inspections, l’UNSCOM, qui ne disposait que d’un budget annuel de 30 millions de dollars, a davantage désarmé l’Irak que n’importe quel bombardement anglo-américain durant la guerre de 1991 et ensuite.

Les nouvelles inspections de l’UNMOVIC dirigées par Hans Blix ont également porté leurs fruits. Les derniers résultats de ces inspections « immédiates, inconditionnelles et sans restriction » ont en effet été sans appel. Aucune arme de destruction massive n’a été découverte. Les éléments en cause étaient rares, peu problématiques et effectivement détruits par l’Irak sous surveillance onusienne.

Avec un coût estimé à 80 millions de dollars pour un an, les inspections de l’UNMOVIC pouvaient donc désarmer l’Irak efficacement et sans coup férir. Ces 80 millions de dollars, qui représentent un budget environ 1.000 fois moindre que celui de la guerre, aurait également permis de libérer des ressources financières et diplomatiques supplémentaires pour se concentrer sur les véritables menaces internationales telles que la prolifération nucléaire et le terrorisme, que l’obsession de George Bush d’en découdre avec Saddam Hussein a fait passer au second plan.

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