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G1834

Date d'insertion:

05/04/01

Synthèse des rapports de l'ONU
sur les violations de l'embargo sur les armes contre l'UNITA

UNITA : un embargo sans cesse violé

Par Pierre Richard, chargé de recherche au GRIP

 

Malgré la signature de l’accord de paix de Bicesse en 1991 et du Protocole de Lusaka en 1994, les combats n’ont pratiquement jamais cessé en Angola depuis 1975. Soucieux de l’évolution du conflit, le Conseil de sécurité (CS) de l’ONU décidait, en février 1999, d’étudier l’origine des violations concernant le trafic d’armements, l’approvisionnement en pétrole et le commerce des diamants ainsi que les mouvements de fonds de l’UNITA dirigée par Jonas Savimbi.

Un premier groupe d’experts devant s’acquitter de cette tâche a remis ses conclusions en mars 2000 (rapport S/2000/203). Suite aux recommandations formulées dans ce document, un second groupe d’experts a été chargé d’approfondir les recherches et un second rapport a été présenté au CS de l’ONU en décembre 2000 (rapport S/2000/1225). Bien que ces études traitent également de l’approvisionnement en pétrole et des mouvements de fonds de l’UNITA, la présente synthèse se concentre sur les violations à l’embargo sur les armements ainsi que sur le commerce de diamants, indispensable et indissociable de l’achat de matériel militaire.

Malgré les deux déclarations de désarmement prononcées par l’UNITA et malgré un embargo sur l’armement décrété par le Conseil de sécurité (en 1993) ainsi que l’interdiction d’achat de diamants de l’UNITA (en juin 1998), celle-ci a continué à importer de grandes quantités d’armements et de matériel militaire. Elle a pu le faire en raison de quatre facteurs principaux.

Premièrement, certains pays d’Afrique ont accepté de céder leurs certificats d’utilisateur final des armements et/ou de faciliter le passage sur leur territoire d’armements et de matériel militaire destinés à l’UNITA. Selon les experts, le Zaïre de Mobutu, le Burkina Faso, l’Afrique du Sud et le Togo ont ainsi joué un rôle essentiel dans l’approvisionnement de l’UNITA.

Deuxièmement, certains pays fournisseurs d’armements ont accepté de vendre des armes, de façon officielle ou officieuse, sans se soucier réellement de leur destination finale. Ces armes proviennent en majeure partie d’Europe orientale. La fin de la guerre froide et la dissolution de l’Organisation du Traité de Varsovie, rappellent les rapports, a fait que les marchés internationaux d’armements ont été envahis par des excédents d’armes offerts à des prix inférieurs à ceux du marché. A côté de la Bulgarie, qui a fait état de 18 certificats d’utilisateur final émis par le Togo pour un montant total de 14 millions de dollars, l’Ukraine est particulièrement mise en cause, même si rien ne permet de penser que le gouvernement ukrainien ait vendu des armes ou fourni de toute autre manière une assistance militaire directe ou indirecte à l’UNITA.

Troisièmement, des marchands d’armes et des transporteurs aériens internationaux se sont empressés d’offrir leurs services comme intermédiaires entre l’UNITA et les fournisseurs d’armements et de matériel militaire. En 1993-1994, le principal contact de l’UNITA fut un négociant en armes sud-africain nommé Ronnie De Decker. Les armements et le matériel militaire étaient échangés contre des diamants. A partir de 1995 ou 1996, jusqu’en octobre 1999, le Libanais Imad Kabir, ou Bakri, aurait été le principal intermédiaire de l’UNITA pour les importations d’armements et de matériel militaire, livrées via Kinshasa. Victor Bout, né au Tadjikistan et mis en relation avec Savimbi via le Rwanda, et ses compagnies aériennes, Air Cess et Air Pass, sa filiale, ont également activement participé aux transferts d’armements en faveur de l’UNITA. Enfin, un ressortissant sud-africain/namibien basé en Afrique du sud, Johannes Parfirio Parreira, constitue le principal maillon d’un réseau de fournisseurs de l’UNITA qui utilisent sa compagnie d’affrètement aérien, Interstate Airways.

Les rapports attirent l’attention sur la facilité déconcertante qu’ont les brokers à changer de pays dès que leur compagnie est mise sur la sellette par les autorités d’un Etat. Certains pays sont prêts à accueillir une compagnie aérienne sans poser la moindre question et un tel déplacement ne prend que quelques heures, étant donné que pour ce faire une présence physique de la compagnie n’est pas nécessaire.

Cependant, contourner un embargo tel que celui imposé à l’UNITA demande un réseau organisé d’individus bien en place et possédant une logistique importante, la capacité de mouvoir des cargos illicites dans le monde entier sans attirer la suspicion, ainsi que le pouvoir de détourner certains obstacles. L’organisation dirigée par Victor Bout est dotée de ces caractéristiques.

Quatrièmement, l’UNITA a toujours trouvé les moyens de payer pour ce qu’elle voulait. La vente des diamants bruts lui donne le moyen de poursuivre ses activités politiques et militaires, lui permet de se faire des amis et d’entretenir un appui extérieur. Enfin il s’agit d’un moyen privilégié de stocker sa fortune.

La capacité de l’UNITA de vendre ses diamants se fonde sur trois éléments clefs : l’obtention de diamants bruts, l’accès sûr et protégé aux emplacements où sont menées les transactions de diamants, la facilité avec laquelle les diamants peuvent être illicitement vendus ou échangés sur les principaux marchés du diamant, en particulier à Anvers. Le laxisme extrême des contrôles et de la réglementation applicables au marché anversois facilite et peut-être même encourage les activités commerciales illicites.

Or, d’importantes informations prouvent que les mesures prises par De Beers pour s’assurer que la société n’achète pas de diamants à l’UNITA ont rendu plus difficile à l’UNITA la vente de ses diamants, ce qui a augmenté ses coûts et fait effectivement baisser le prix qu’elle peut en obtenir.

La situation a cependant changé de manière radicale en septembre 1999 avec la perte par l’UNITA des deux centres névralgiques qu’étaient Andulo et Bailundo. Cette perte s’est en outre accompagnée de celle de mines de diamants essentielles, diminuant en cela ses revenus.

Dans le même temps, les représentations de l’UNITA à l’étranger ont pris une importance d’autant plus grande depuis septembre 1999. Les principaux acteurs en dehors de l’Afrique se trouvant en France, en Italie, en Irlande, en Suisse et, en particulier, au Portugal et en Belgique.

En vertu de ces constatations, certaines recommandations sont avancées dans les rapports.

Concernant l’équipement militaire, les experts proposent :

En ce qui concerne le marché des diamants, les Etats membres devraient songer à instaurer un système de certificat d’origine dans un délai minimum. Les pays ne possédant pas les ressources techniques suffisantes pour mettre en place le système requis doivent être aidés à cette fin. Ce qui devrait protéger l’industrie légale et commencer à clarifier le problème des diamants illégaux.

 

 



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