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G1745

Date d'insertion:

21/03/00

Transferts d'armes vers le soudan

par, Georges Berghezan, attaché de recherche au GRIP

Les informations ci-dessous sont essentiellement tirées du dossier " Global Trade, Local Impact : Arms Transfers to all Sides in the Civil War in Sudan ", publié par l’ONG américaine Human Rights Watch (HRW) en août 1998 (Vol. 10, N° 4 (a)), disponible sur www.hrw.org/hrw/reports98/sudan/

 

1) Livraisons d’armes au gouvernement soudanais

La Chine vend des armes au Soudan depuis le début des années ’80. Les livraisons se sont amplifiées dans les années ’90, faisant de ce pays le 1er fournisseur en armes de Khartoum. L’augmentation est surtout due à l’accroissement des moyens financiers du Soudan, grâce au soutien financier de l’Iran et de la Malaisie et à des crédits relatifs aux réserves pétrolières du pays.

Auraient notamment été livrés ces dernières années :

- fin ’95 : 50 hélicos Z-6, une centaine de mortiers (82 et 120mm) et 7 Chengdu F-7s (MiG-21s) financés par l’Iran,

- fin ’96 : missiles SCUD grâce à un prêt de 200 m $ de la Malaisie (en échange de droits sur le pétrole à extraire)

- en ’97, des armes anti-tank légères,

- également munitions, mines et tanks.

Les ventes d’armes chinoises sont avant tout motivées par des raisons économiques.

A l’inverse, les livraisons d’armes de l’Iran sont avant tout destinées à soutenir un régime dont il se sent idéologiquement proche, mais aussi à écouler les produits d’une industrie d’armements en pleine expansion. Selon des témoignages de dissidents iraniens, le pays aurait notamment livré de (mauvaises) copies du fusil G-3, des mortiers, de l’artillerie de moyenne portée et des munitions. Après un revers militaire des forces soudanaises dans le sud en jan. ’97, les livraisons se sont intensifiées : mortiers 120mm, munitions et roquettes anti-tank ont été livrés à ce moment.

L’Iran a aussi fourni des milliers de conseillers, à la fois militaires et idéologiques, encadrant notamment les milices « Forces de défense populaire ». Ce pays est enfin chargé de l’organisation de la police et de l’armée.

L’Irak a livré des tanks T-55 et des pièces d’artillerie de 130 mm avant la guerre du Golfe. Depuis, Bagdad semble se limiter à une assistance technique et à de l’entraînement, en particulier en direction de la Force aérienne. Des Irakiens auraient piloté des avions et des hélicos en mission dans le Sud.

Un accord de coopération militaire a été signé entre la Russie et le Soudan en 1993. L’accord impliquerait une participation russe à l’industrie pétrolière. Parmi les livraisons d’armes russes qui ont été mentionnées, relevons :

- 32 bombardiers Sukhoi et des hélicos Mi-24 en avril-mai ’96,

- 20 à 40 chars T-55, à la fin ’96,

- des véhicules militaires.

En outre, des techniciens assureraient la maintenance des MiG de la force aérienne soudanaise.

Autres pays ex-soviétiques :

- Bélarus : livraison de 6 hélicos d’attaque russes Mi-24B et de 9 T-55 en 1996

- Ukraine : 6 transporteurs de troupes en 1996

- Des citoyens tadjiks sont soupçonnés de servir de mercenaires, tandis que le Kirghizstan et le Kazakhstan livreraient des armes ex-soviétiques.

L’Ethiopie a fourni en 1992 plusieurs tanks T-54 et T-55, apparemment en échange de nourriture.

L’Afrique du Sud a continué diverses formes de collaboration militaire après l’abolition de l’apartheid. Des armes anti-aériennes, de l’artillerie de moyenne portée et des mortiers ont été livrés au début des années ’90. En 1995 en 1997, il s’agissait d’artillerie légère, de mitrailleuses lourdes et de pièces détachées pour la Marine. Des lance-grenades de la firme ARMSCOR ont également été vus au Soudan. En outre, l’Afrique du Sud assure la maintenance d’hélicos Puma achetés durant les années ’80. Officiellement, le pays ne vend pas d’armes au Soudan, pour lequel un moratoire a été décidé en 1995.

En échange de l’extradition de « Carlos » en 1994, la France a fourni des photos satellite montrant des positions du SPLA.

Autres pays européens livrant des armes, servant de transit ou fournissant des experts militaires : Roumanie, Bulgarie et Croatie.

La présence de mines anti-tank belges (PRB) a également été constatée : elles étaient apparemment destinées à l’Arabie saoudite.

Des bombes à fragmentation de fabrication chilienne ont également été vues dans le Sud après une attaque aérienne des forces gouvernementales.

Plusieurs pays arabes, ainsi que le Pakistan et l’Inde, sont suspectés d’avoir également fourni des armes ou des munitions à Khartoum.

 

2) Livraisons d’armes aux forces rebelles

Les forces rebelles comptent essentiellement sur le soutien politique, logistique et militaire de pays frontaliers, en particulier l’Erythrée, l’Ethiopie et l’Ouganda.

Le SPLA a été soutenu dès les années ’80 par l’Ethiopie, jusqu’au changement de régime dans ce pays en 1991. L’Ouganda est alors devenu son principal allié. SPLA et Ethiopie se sont réconciliés en 1995.

Un autre groupe armé, les SAF, opère à partir de l’Erythrée et de l’Ethiopie occidentales.

Erythrée

Asmara ne cache pas son soutien à l’opposition soudanaise, en particulier aux SAF, qu’elle semble approvisionner en Kalashnikovs. Khartoum accuse l’armée érythréenne de mener directement des opérations militaires sur son territoire. En mai 1998, le SPLA a reconnu que des équipages de tank et des instructeurs érythréens l’avaient accompagné durant son offensive de l’année précédente.

Ethiopie

Le soutien est plus discret. Mais Khartoum a accusé Addis-Abeba d’une incursion militaire en mars 1997.

Ouganda

Kampala livre des armes au SPLA, autorise le maintien de camps d’entraînement et envoyant ses forces armées au-delà de la frontière, parfois pour combattre la LRA. Le nord du pays serait utilisé par l’Ethiopie et l’Erythrée pour livrer des armes et des instructeurs au SPLA.

Autres canaux

Une grande partie des armes du SPLA proviendrait de prises à l’armée de Khartoum.

Des observateurs ont constaté que le SPLA était dote de véhicules blindés, de munitions et de missiles anti-aériens fabriqués par l’Afrique du Sud, apparemment fournis via l’Ouganda.

Il serait également dote de missiles anti-tank de fabrication indienne.

Pour ses armes légères, le SPLA semble imbriqué dans les réseaux locaux de marché noir, certains remontant à des pays aussi éloignés que le Mozambique.

Etats-Unis

L’Ouganda, l’Ethiopie et l’Erythrée reçoivent depuis 1995 une aide militaire financière des Etats-Unis et de l’équipement militaire « non létal », participent au projet de Force africaine de déploiement rapide mis sur pied par ce pays en 1996, bénéficient des services d’instructeurs américains et achètent des armes américaines. En visite dans le nord de l’Ouganda fin ’97, Madeleine Albright a déclaré soutenir les Etats soutenant la rébellion soudanaise. Enfin, selon des diplomates, les Etats-Unis ont exercé des pressions pour que ne soient pas révélés les réseaux approvisionnant en armes les rebelles hutus rwandais et burundais au Kenya, car ces mêmes réseaux approvisionnent le SPLA.

 



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