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G1672

Date d'insertion:

10/06/99

 

Kosovo : une catastrophe écologique et humanitaire

par, Luc Mampaey, attaché de recherche au GRIP

    Les précautions sémantiques (frappes « chirurgicales », armes  « non létales », dégâts « collatéraux ») et les prouesses de la technologie militaire ne masqueront jamais le vrai visage de la guerre : un enfer pour les populations et un désastre pour l’environnement.

    En temps de paix, personne n’hésiterait à parler d’une catastrophe écologique majeure. Mais voilà, nous sommes en guerre. La logique militaire, renforcée par un solide alibi humanitaire, ne s’encombre pas de considérations environnementales. La destruction systématique des infrastructures industrielles et énergétiques de la Yougoslavie a pourtant sur les populations et les écosystèmes de la région des Balkans des conséquences dramatiques qui persisteront longtemps après la fin des hostilités. Aux pollutions atmosphériques massives, aux contaminations des sols et des nappes phréatiques, au pétrole et aux produits toxiques charriés par le Danube s’ajoute aussi un problème dont l’impact est immédiat : en détruisant les capacités de production de chlore utilisé pour rendre l’eau potable, le traitement de l’eau est devenu impossible.

    Un bilan environnemental objectif de la guerre du Kosovo est indispensable. La tâche sera longue et difficile, d'autant plus que les dommages, inhérents à tous les conflits, sont ici aggravés par l'utilisation d’armements dont l'impact sur la santé et l'environnement est méconnu et occulté par une structure militaire dominée par une pesante culture du secret.

    Les munitions munies de perforateurs en uranium appauvri entraînent une contamination irréversible de l’environnement. Inoffensif sous sa forme métallique solide, l’uranium appauvri se transforme, sous l’effet de la très haute température au moment de l’impact, en fines particules d’oxyde d’uranium (de 1 à 5 microns). Dispersé en grande quantité, cet aérosol d’oxyde d’uranium appauvri contaminera les sols et l’eau. Mais il peut aussi être transporté par les vents sur des dizaines de kilomètres et devient une source de contamination interne pour les populations lorsqu’il est inhalé ou ingéré. Les fines particules insolubles d’uranium appauvri - qui est un métal lourd et un puissant émetteur de particules a - se fixeront durablement dans certains organes, augmentant de façon inacceptable les risques de lésions et de cancers.

    D’un point de vue militaire, des alternatives existent. Des pays ont démontré que les perforateurs au tungstène offraient des avantages identiques, sans les inconvénients. Aussi cynique que cela puisse paraître à toute personne de bon sens, les utilisations militaires de l’uranium appauvri ont du mal à se justifier autrement que par la tentation de se débarrasser à bon compte des tonnes d’encombrants déchets radioactifs de faible activité issus de l’industrie nucléaire militaire ou civile.

    L’utilisation de munitions à uranium appauvri doit être interdite. Condamnée en 1996 par les Nations Unies, elle est une violation flagrante du droit international sur le contrôle des armements qui interdit les armes non discriminantes (Convention de 1981) et les atteintes durables à l’environnement (Convention « EnMod » de 1977). Sur une initiative des écologistes belges, le Groupe des Verts déposera au Parlement européen une proposition de résolution pour l’interdiction des munitions à uranium appauvri. Des parlementaires ECOLO introduiront un projet de loi dans le même sens à la Chambre dès la rentrée. La Belgique peut jouer un rôle moteur et historique, comme elle le fit pour les mines antipersonnel. Elle doit le faire.

LM - 10/6/99

 



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