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G1668

Date d'insertion:

04/06/99

 

Kosovo : le manque de prévoyance de la Communauté internationale

par, Bernard Adam, Directeur du GRIP

 

La Communauté internationale a raté une occasion d’opérer une politique de prévention des conflits au Kosovo.

Tout d’abord, les Accords de Dayton de novembre 1995 ont « oublié » le Kosovo. Plusieurs observateurs avaient alors tiré la sonnette d’alarme prédisant un drame dans cette province peuplée majoritairement d’Albanais mais qui constituent une minorité au sein de la Serbie. Pourtant, les Européens et les Américains auraient dû à ce moment tirer les leçons de l’éclatement de la Yougoslavie qu’ils ont contribué à provoquer. La principale erreur des Occidentaux a été leur trop rapide reconnaissance en 1991 et en 1992 des Républiques sécessionnistes (Slovénie et Croatie, puis Macédoine et Bosnie-Herzégovine) sans prendre en compte l’ensemble des problèmes des minorités (serbes, croates, bosniaques, albanaises) qui se posaient sur tout le territoire de la Yougoslavie. S’ils avaient tiré des leçons de l’Histoire, le Kosovo aurait dû figurer parmi les problèmes à régler à Dayton. A ce moment on aurait pu envisager le règlement pacifique d’un conflit encore latent.

Ensuite, les Européens ont négligé de soutenir fermement la politique non-violente des Albanais alors unanimement regroupés derrière Ibrahim Rugova, qui entendaient trouver une solution pacifique à leur demande d’autodétermination. Les Européens auraient pu jouer un rôle de médiateur entre Pristina et Belgrade. Cette négligence a été funeste. Perdant patience, une partie des Albanais a décidé alors de changer de méthode. L’UCK, l’Armée de libération du Kosovo, est alors apparue. La guerre du Kosovo a commencé en mars 1998.

Puis, à l’automne 1998, les Occidentaux se réveillent enfin, mais sans doute trop tard car les combats font rage entre l’UCK et l’armée yougoslave. Brusquement, ils passent d’un extrême à l’autre. Après un désintérêt manifeste pour le Kosovo, ils menacent subitement le pouvoir serbe de Belgrade de frappes aériennes. Après le massacre de Racak au cours duquel 45 Albanais furent tués le 15 janvier 1999, les Occidentaux veulent imposer leur plan de paix. Mais les Serbes ne l'acceptent pas. La logique de guerre est trop entamée et celle des négociations arrive trop tard. Après de nouvelles menaces, l’OTAN bombarde les positions serbes en Yougoslavie à partir du 24 mars 1999. Selon les évaluations occidentales initiales, après quelques jours de bombardements, Milosevic plierait. Un mois après le début des frappes aériennes, Milosevic n’a toujours pas capitulé. Au contraire, il en a profité pour accélérer l’épuration ethnique. L’option militaire ne marche pas comme on l’avait prévu.

Il est faux de dire qu’avant d’opter pour les frappes aériennes, tout a été fait pour convaincre Milosevic. A tout le moins, il faut constater l’incohérence des Occidentaux et de l’ensemble de la Communauté internationale, Russes y compris. Les uns et les autres auraient pu user de leurs influences pour forcer le pouvoir serbe de Belgrade et les Albanais du Kosovo a négocier réellement un compromis afin d’aboutir à un règlement pacifique de leur contentieux et à une solution politique durable. Mais ce genre de discussion aurait nécessité beaucoup d’efforts de médiation de la part des diplomates de la Communauté internationale. Une véritable politique de prévention des conflits demande du temps et réussit rarement dans la précipitation. Car elle nécessite de bien connaître les réalités locales. De plus il faut beaucoup de tact et de psychologie pour écouter puis convaincre les uns et les autres.

Une nouvelle fois, c’est donc l’usage de la force qui a prévalu. Malheureusement, ceci n’est pas étonnant. Quand on est confronté à un problème, on utilise les moyens que l’on dispose. Et depuis des décennies les Etats se sont constitués d’impressionnants outils militaires qui contrastent singulièrement avec la pauvreté des moyens affectés à une balbutiante prévention des conflits. Dans la plupart des pays occidentaux, les budgets affectés à la diplomatie représentent environ 10% de ceux alloués aux moyens militaires. L’OSCE, l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe, dont la principale mission est la prévention des conflits, a un budget annuel de 126 millions d’Euros, tandis que ceux de l’OTAN se chiffrent à 1,44 milliard d’Euros. Les budgets belges des Affaires étrangères et de la Défense nationale étaient respectivement de 10,8 et 98,7 milliards FB en 1998. En France, ces chiffres sont respectivement de 14,4 et 238,3 milliards FF. Une diminution de 10% des budgets militaires permettrait de doubler les moyens des diplomaties occidentales et ceux de l’OSCE. Ceci permettrait peut-être de mieux étudier les situations conflictuelles et de mettre sur pied des médiations politiques. Le désastre du Kosovo sera-t-il le déclic qui permettrait enfin de donner des moyens à ceux qui pourraient réaliser une véritable prévention des conflits ? D’autres Kosovos existent encore dans le monde.

 



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