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G1667

Date d'insertion:

04/06/99

Echec des frappes de l'OTAN :
l'urgence d'une interposition de l'ONU

par, Bernard Adam, Directeur du GRIP

L’objectif militaire des frappes aériennes de l’OTAN sur la Serbie réussira. Nul n’en a jamais douté puisque les moyens militaires les plus sophistiqués ont été utilisés. En revanche les objectifs politiques et humanitaires poursuivis ont échoué : le but était de faire accepter l’accord de Rambouillet par Milosevic et d’empêcher une catastrophe humanitaire au Kosovo. Les conséquences des frappes sont à l’opposé de cet objectif : le processus de Rambouillet est bien mort et l’épuration ethnique dont sont victimes les kosovars albanais s’est accélérée. Pire, alors que ce sont bien les dirigeants nationalistes serbes qui sont responsables de l’actuelle tragédie, l’action militaire de l’OTAN n’a fait que resserrer les rangs de la population serbe autour d’un Milosevic renforcé. Si le diagnostic sur les responsabilités des dirigeants serbes était correct, le remède choisi est catastrophique. Il est urgent de changer de stratégie.

Comment expliquer ce manque de clairvoyance dans la stratégie des Occidentaux ? Tout d’abord une fois de plus, il faut souligner le déficit de connaissances sur les réalités yougoslaves et sur le manque de finesse et de psychologie dans le règlement des conflits. La fierté des Serbes s’accroît face au simplisme, voire à l’arrogance des Américains qui dirigent véritablement la stratégie occidentale. Les Européens, qui suivent les Américains, sont tout autant coupables de myopie.

La stratégie occidentale utilisée actuellement en Yougoslavie repose entièrement sur les conceptions américaines du rôle de l’OTAN et de l’usage de la force. Depuis quelques années, les Etats-Unis s’efforcent de transformer l’OTAN en une organisation politico-militaire autonome qui, de l’institution de défense collective qu’elle était, deviendrait une institution de sécurité sensée affronter les problèmes tant militaires que diplomatiques et politiques, y compris en dehors de la zone atlantique dans laquelle est confinée son rôle conformément au Traité de l’Atlantique nord de 1949. Corollaire de cette évolution : l’ONU et l’OSCE sont contournés et disqualifiés, alors que ce sont elles, en tant qu’institutions de sécurité, qui devraient gérer politiquement les crises et qui ont pour mission la prévention des conflits.

Par ailleurs, la conception américaine de règlement des conflits privilégie beaucoup trop rapidement l’usage de la force. Ceci n’est pas étonnant venant de la seule et dernière superpuissance mondiale qui veut jouer le rôle de gendarme du monde et qui dispose d’un formidable appareil militaire hérité du temps de la guerre froide. La tentation est forte et facile de vouloir régler par la force les crises dans le monde. Les actuelles frappes aériennes sur la Yougoslavie ne sont après tout que la quatrième série de bombardements aériens des Américains réalisés en huit mois sans aucune décision des Nations unies : avant la Yougoslavie, il y eût en août 1998 les bombardements au Soudan et en Afghanistan (après les attentats contre les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie) et depuis le début 1999 contre l’Irak.

Face à ces évolutions et ces conceptions, il serait temps que les Européens se ressaisissent. Bien sûr, ceci montre une fois de plus l’urgence de mettre en place une véritable Pesc (Politique étrangère et de sécurité commune) au sein de l’Union européenne. Mais il s’agit aussi que les Européens se construisent une doctrine sur les modes de règlement des conflits intégrant la question de l’usage de la force, de la prévention des conflits et du rôle des institutions de sécurité et de défense.

Après l’échec des frappes aériennes sur la Yougoslavie, les leçons à tirer par les Européens apparaissent. L’OTAN doit rester exclusivement une organisation militaire, dont l’emploi doit être bien mesuré et contrôlé par les autorités politiques de ses Etats membres. Le pilier européen doit y être renforcé afin de mieux équilibrer l’influence américaine. La mise hors jeu des Russes montre que les structures de concertation politique à l’intérieur de l’OTAN entre Occidentaux et Russes ne fonctionnent pas. L’ONU et l’OSCE doivent donc être renforcées pour pouvoir être capables politiquement, juridiquement et financièrement de mener une véritable politique de prévention des conflits. Il faut privilégier, à temps et de façon résolue, la négociation plutôt que l’usage à la force qui ne doit intervenir qu’en ultime recours et conformément au droit international (qui peut et doit évoluer notamment sur la question des interventions humanitaires). Ce n’est pas parce que les Américains s’opposent pour le moment à ce type de conception que les Européens ne doivent pas les intégrer à leurs objectifs politiques.

Dans cette perspective, que faire aujourd’hui ? Il est urgent d’abord d’obtenir un cessez-le-feu. L’arrêt des frappes aériennes, le retrait des forces serbes du Kosovo et le déploiement rapide d’une force d’interposition des Nations unies (ou de l’OSCE, mais pas de l’OTAN) afin d’arrêter l’exode et permettre le retour des réfugiés albanais. Il n’y a aucun doute que l’unanimité pourrait être trouvée aujourd’hui au Conseil de sécurité sur l’envoi urgent de troupes terrestres d’interposition ONU pour arrêter la déportation des Albanais et l’épuration ethnique du Kosovo, du moins si les Occidentaux l’acceptent. Ensuite, une Conférence sur la sécurité dans les Balkans devrait réunir tous les Etats et communautés de la région afin de prendre en compte toutes les questions conflictuelles dont celle du Kosovo. Enfin, les Européens devraient annoncer le lancement d’un plan Marshall à long terme pour le développement économique et social de toutes les composantes des Balkans. Même si cela sera psychologiquement difficile pour beaucoup, il est temps de retrouver une perspective politique globale.

 



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