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G1662

Date d'insertion:

20/05/99

Utilisation de bombes au graphite
par l’OTAN en Yougoslavie

Description des munitions
et de l’impact sur la santé et l’environnement

par Luc Mampaey, Attaché de recherche

 

L'armée américaine développe depuis plusieurs années des munitions destinées à paralyser les équipements électriques sans les détruire définitivement. En explosant à proximité du sol, ces munitions libèrent des milliers de fibres de carbones microscopiques qui s'infiltrent dans tous les systèmes électriques - centrales électriques, transformateurs et postes haute tension ou systèmes de télécommunications - afin d'y créer de gigantesques courts-circuits.

Ces armes ont été utilisées pour la première fois pendant l'opération Desert Storm contre l'Irak en 1991 au moyen de missiles de croisières Tomahawk "Kit2" lancés depuis la mer et remplis de sous-munitions contenant des petites bobines de fibres de carbones. Selon les sources américaines, 85% des capacités irakiennes de production d'électricité ont été mises hors service. Les Etats-Unis ont, depuis, perfectionné cette technique, notamment en recourant à des munitions de type Wind Corrected Munitions Dispensers (WCMD) qui peuvent être larguées avec une très grande précision depuis une altitude d'environ 12.000 mètres.

Les munitions au graphite utilisées par l'U.S. Air Force (et peut-être également par les Britanniques) en Yougoslavie, une première fois dans la nuit du dimanche 2 au lundi 3 mai 1999 et ensuite le vendredi 7 mai 1999, sont vraisemblablement une version améliorée de ces dispositifs.

Peu d'informations ont filtré sur les caractéristiques des munitions utilisées, mais selon la Federation of American Scientists (FAS), le dispositif était composé de sous-munitions du type BLU-114/B (fig. 1) contenues dans des enveloppes SUU-66/B Tactical Munition Dispenser (fig. 2) larguées par des chasseurs furtifs F-117A Nighthawk avec une précision de l'ordre de 100 mètres. Selon la FAS, photos à l'appui [http://www.fas.org/man/dod-101/sys/dumb/blu-114.htm], la BLU-114/B est une sous-munition qui explose au-dessus de sa cible et disperse une très grande quantité de petites fibre de carbones (de la taille d'un cheveu) vraisemblablement enrobées de graphite (très bon conducteur d'électricité) pour accroître l'effet de court-circuit.

Figure 1. Sous-munition BLU-114/B

 source : FAS

 

Figure 2. Dispersion des BLU-114/B contenues dans le SUU-66/B Tactical Munition Dispenser

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source : FAS et New York Times du 4 mai 1999

 

Les frappes visaient la centrale électrique de Obrenovac au sud-ouest de Belgrade ainsi que sur des transformateurs haute tension situés à Nis, Kostalac, Bajina, Basta, Drmno et Novi Sad. Citée par l'agence officelle yougoslave Tanjung, la société de distribution d'électricité EPS a reconnu que la majeure partie de la Serbie a été privée d'électricité; 70% du territoire serbe selon le porte-parole de l'OTAN Jamie Shea. Seule la province du Kosovo et quelques régions à l'extrême sud-est de la Serbie ont été épargnées.

Ces munitions ne détruisent pas définitivement les installations. Elles provoquent des surtension, des courts-circuits et des encrassements en dispersant un nuage de particules très conductrices qui ont la propriété d'être attirées par la charge électromagnétique des installations électriques. Un nettoyage soigneux et quelques réparations mineures - fusibles et disjoncteurs - suffisent à les remettre en état. Ces méthodes relèvent donc principalement de la pression psychologique, en démontrant, selon Jamie Shea, la capacité de l'OTAN à éteindre le système électrique au moment où elle le veut, sans détruire l'infrastructure de base qui permet aux civils d'être approvisionnés en électricité.

On peut néanmoins s'interroger sur les conséquences sanitaires de l'inhalation ou de l'ingestion de ces fibres ou particules de graphite pulvérulent par les populations situées à proximité des installations. Cependant, prétextant que ce type d'armement est encore "highly classified", le Pentagone refuse de donner les informations indispensables pour l'évaluation d'une éventuelle toxicité. En outre, bien que le peu de documentation disponible indique clairement qu'il s'agit de pelotes de fibres de la taille d'un cheveu, des sources diplomatiques ainsi que la Délégation générale pour l'armement en France (DGA) ont parlé dès le 3 mai d'une bombe pulvérisant un nuage de poussières avec des composants à base de graphite qui s'infiltre dans tous les appareillage électriques, jusqu'aux aspirateurs [AFP, 3 mai 1999]. Ces informations paraissent moins crédibles que celles de la FAS, il est néanmoins vraisemblable qu'en se consumant au moment du court-circuit, les fibres laissent d'importants résidus de graphites en aérosol.

Selon qu'il s'agit de fibres de la taille d'un cheveu ou de particules microscopiques en suspension dans l’air, il est évident que les modes de transport dans l'environnement et les risques d'inhalation/ingestion sont à évaluer différemment. Nous examinerons donc les deux possibilités.

 

Cas des fibres de carbone et de graphite

 

Cas du graphite sous forme de poussières respirables

 

Conclusion

 



G
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