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G1620

Date d'insertion:

15/09/98

 

"Ex-Yougoslavie: l'embargo sur les armes et le réarmement actuel"
par Georges Berghezan

Avant-propos et sommaire du rapport

par, Bernard Adam, Directeur au GRIP

 

Avant-propos

Le texte que nous publions dans ce « rapport du GRIP » a pour objectif de réaliser une synthèse sur les données relatives aux acquisitions d'armements des Etats issus de l'ancienne Yougoslavie. L'auteur de cette étude, Georges Berghezan, chargé de recherche au GRIP, connaît bien la réalité de terrain de l'ex-Yougoslavie pour y avoir séjourné à de nombreuses reprises. Bien que la plupart des sources de ce rapport soient publiques, celles-ci ont pu être augmentées ou recoupées par l'auteur sur base de témoignages directs recueillis en ex-Yougoslavie. Relevons qu'à notre connaissance ce type d'étude sur les transferts d'armes vers l'ex-Yougoslavie est l'un des rares, sinon le seul, à avoir été diffusé publiquement à ce jour.

L'embargo sur les livraisons d'armes à destination de l'ex-Yougoslavie décrété le 26 septembre 1991 par le Conseil de sécurité a sans doute été celui qui a été le moins respecté de tous les embargos, et vraisemblablement celui qui a été le plus massivement contourné. Insistons ici sur une erreur à ne pas commettre. Il ne faudrait en effet pas conclure que puisque cet embargo n'a pu être appliqué, il ne sert à rien d'en imposer de nouveaux à l'avenir. Au contraire, un embargo sur les armes reste un outil permettant à tout le moins de freiner l'afflux d'armement vers une région en crise ou en conflit. Ce n'est pas parce que des automobilistes brûlent des feux rouges qu'il faut supprimer ceux-ci... La question essentielle reste de savoir quelles mesures doivent être prises et surtout quels moyens doivent être mobilisés pour resserrer les mailles du filet de l'embargo, notamment en opérant des contrôles sérieux et suffisants.

Les informations recueillies dans ce rapport sur le contournement de l'embargo entre 1991 et 1995 permettent de mettre en évidence trois types de réalités. Primo, le grand nombre de pays impliqués dans toutes les régions du monde atteste une fois de plus de la nécessité de compléter la décision internationale décrétant l'embargo (la résolution du Conseil de sécurité) par des dispositifs juridiques et des contrôles dans les différents Etats ou par groupe d'Etats (notamment par l'Union européenne en tant que telle).

Secundo, de nombreuses informations indiquent qu'une grande partie des armements utilisés en Bosnie-Herzégovine et en Croatie ont été livrés par l'Iran ou proviennent des anciens stocks des pays d'Europe de l'Est, dont l'ex-RDA. En moins de deux ans, entre 1994 et 1996, plus de 5.000 ton-nes de matériels auraient été expédiées par l'Iran vers la Bosnie, ce qui représenterait les deux-tiers des importations militaires de Sarajevo. Relevons que ces livraisons iraniennes, tout comme celles provenant de Turquie et d'Arabie saoudite, semblent avoir été faites avec le soutien tacite des Etats-Unis, ou du moins d'une partie de ses dirigeants.

Tertio, enfin, le rôle des Etats-Unis et de l'Allemagne doit être souligné. Au cours de la guerre, plusieurs dirigeants de ces deux pays avaient exprimé publiquement leur opposition à l'embargo sur les armes à destination notamment de la Bosnie-Herzégovine. Tous les autres pays européens restaient fortement attachés à la politique de l'embargo, davantage favorables à la recherche d'une solution négociée qu'à une issue militaire. De plus, ces autres pays européens fournissaient près des deux tiers des effectifs des Casques bleus en Croatie et en Bosnie, ce qui n'était le cas ni des Etats-Unis, ni de l'Allemagne. Aujourd'hui, on sait que ces deux pays ont non seulement exprimé des critiques à l'égard de l'embargo, mais ont con-tribué concrètement à son contournement. L'élément le plus avéré semble être le rôle joué par des membres des services secrets allemands, le BND, qui ont organisé eux-mêmes des transferts d'armes en utilisant comme paravent des convois humanitaires et la Mission d'observation de l'Union européenne en Croatie et en Bosnie... Ceci est d'autant plus consternant que l'Allemagne est souvent considérée au sein de l'Union européenne comme un Etat désireux de restreindre les exportations d'armes européennes et en tout cas d'améliorer leur contrôle.

Depuis la fin de la guerre et les accords de Dayton (novembre 1995), les divergences entre Américains et Européens se sont accrues. Les premiers ont voulu procéder à un réarmement substantiel de la Bosnie-Herzégovine, tandis que les seconds auraient préféré tendre vers un équilibre régional au plus bas niveau possible entre les Etats issus de l'ancienne Yougoslavie. Bien que peu de pays aient soutenu les Etats-Unis qui sont quasiment les seuls à supporter financièrement le réarmement de la Fédération croato-musulmane, l'accroissement des capacités armées n'est pas sans susciter des inquiétudes. Les lenteurs de l'application des accords de Dayton, la situation tendue au sein de la Republika Srpska et le climat de haine constaté par ceux qui ont rencontré récemment certains Croates, Serbes ou Musulmans font craindre le pire. Il semble en effet que certains en Bosnie-Herzégovine n'ont pas renoncé à utiliser les armes pour redessiner une nouvelle fois les frontières.

 

Sommaire

 

Avant-propos

1.Contexte d’un embargo sur les armes

2.Un embargo et de nombreuses violations

2.1.La Slovénie
2.2.La Croatie
2.3.La Bosnie-Herzégovine

2.3.1.Les Musulmans
2.3.2.Les Croates
2.3.3.Les Serbes

2.4.La République fédérale de Yougoslavie (RFY)
2.5.La Macédoine (FYROM)
2.6.Le rôle des Etats-Unis d’Amérique
2.7.Le rôle de l’Allemagne

3.Mesures de confiance et de limitation des armements

4.Flux d’armements après la levée de l’embargo

4.1.Vers la Bosnie-Herzégovine

4.1.1.La Fédération croato-musulmane
4.1.2.Les Musulmans
4.1.2.La Republika Srpska

4.2.Vers la République fédérale de Yougoslavie (RFY)

5.Production d’armements

5.1.En RSFY
5.2.En Slovénie
5.3.En Croatie
5.4.En Bosnie-Herzégovine
5.5.En RFY

6.Exportations d’armements

6.1.De RSFY
6.2.De Slovénie
6.3.De Croatie
6.4.De Bosnie-Herzégovine
6.5.De RFY

 



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