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G1005

Date d'insertion:

13/06/01

" On va créer un nouvel ennemi "

par, Aris Roubos, journaliste, chercheur associé au GRIP

Interview : Catherine DEHAY
Article publié  dans Vers l'Avenir, toutes éditions, 13/06/2001

Aris Roubos, vous êtes journaliste, chercheur associé au Groupe de recherche et d'information sur la paix et la sécurité (GRIP), quelle différence y a-t-il entre le bouclier antimissile de Bush et le projet de guerre des étoiles de Reagan ?

En réalité, les États-Unis n'ont jamais abandonné le projet de Reagan. Ils ont toujours poursuivi les recherches. Le projet Reagan était une sorte de pari stratégique et technologique, mais il n'était pas déployable. Aujourd'hui, grâce aux progrès technologiques, un tel bouclier est prêt à être déployé par étapes. Les Américains ont mis au point des systèmes antimissile, mais pas encore ceux qui nécessitent une infrastructure spatiale. Les premières phases de processus pourraient intervenir dès 2004-2005.

Ce bouclier vise à empêcher des État dits voyous de nuire. Ont-ils les moyens d'attaquer avec des missiles ?

Aucun de ces pays ne dispose à l'heure actuelle de systèmes opérationnels pouvant atteindre le territoire des États-Unis. Il faut donc raison garder.

Et l'Europe ?

Tout est relatif. L'Irak, par exemple, est sous une telle surveillance qu'il est impossible de voir Bagdad envoyer des salves de missiles.

À quoi ce bouclier sert-il alors ?

La principale motivation est économique et financière. Ce projet recèle des intérêts financiers énormes. La seule possibilité de contrer la récession qui s'annonce aux États-Unis est l'innovation technologique, le développement de nouveaux produits. Or, ces nouveaux produits passent dorénavant par l'espace. Ce sont les systèmes satellitaires. L'espace devient un enjeu militaire et économique. On aura recours au militaire pour faire progresser les technologies dans l'espoir de retombées dans le secteur civil. Il faut stopper cet engrenage qui aboutira à remilitariser les économies, à relancer les dépenses militaires.

Cela nécessite des budgets énormes ?

Le système antimissile limité envisagé par Clinton devait coûter 60 milliards de dollars. On dépasse aujourd'hui les 100 milliards de dollars, sans même envisagé les composantes spatiales de cette future architecture et le chiffre astronomique de 200 milliards de dollars est cité.

Qu'est-ce que les Européens ont à gagner dans cette affaire ?

Les poids lourds de l'Europe présents dans le secteur aérospatial (la France, l'Allemagne, la Grande-Bretagne, l'Italie, l'Espagne, mais aussi la Belgique) escomptent évidemment des retombées technologiques dans les marchés civils. Ils se disent qu'ils doivent être partie prenante de ce nouveau cadre stratégique proposé par les États-Unis pour ne pas laisser s'approfondir le fossé technologique entre les deux rives de l'Atlantique. Pour les États-Unis, le bouclier antimissile est une véritable plate-forme qui exerce un effet de levier à tous les niveaux : économique, politique, stratégique et diplomatique

Ce projet ne risque-t-il pas de déstabiliser l'équilibre mondial ?

On risque une déstabilisation de la planète en poussant la Chine comme nouveau compétiteur stratégique vis-à-vis des États-Unis. Pékin est déjà en train d'y répondre. On va créer un nouvel ennemi.


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