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G1002

Date d'insertion:

11/06/01

A la veille de la visite de George W. Bush à Bruxelles le 12 juin 2001,

L’avis d’un expert à propos du bouclier antimissiles : Harald MÜLLER

Harald Müller*, vous travaillez depuis de nombreuses années sur le terrain de la non-prolifération nucléaire. Par votre engagement, vous agissez en faveur du désarmement et de la maîtrise des armements. A cet égard, que vous inspire le projet de bouclier antimissiles ?

Le projet tel qu’il est conçu par l’actuelle Administration, a été imaginé sans que l’on se préoccupe des conséquences sur le plan du désarmement. S’il se poursuit de façon unilatérale, il risque de se révéler désastreux pour l’ensemble des régimes de désarmement et le contrôle des armements, tout un ensemble de mesures élaborées au cours des dernières décennies. La Chine et la Russie pourraient craindre pour leur sécurité, ce qui amènerait sans doute ces deux Etats à prendre des contre-mesures offensives. 

Au-delà de ce projet de bouclier, je ne voudrais pas exclure la possibilité d’un changement du rapport défense-attaque par une relation de coopération, ce qui implique que la sécurité d’un pays reposerait moins, voire plus du tout, sur la menace d’une destruction mutuelle (en cas d’attaque). Cette évolution présume toutefois un long processus de consultations qui irait de pair avec la mise en place d’une architecture de sécurité reconnaissant les intérêts fondamentaux des principaux protagonistes. Ce scénario ne cadre pas avec l’actuel état d’esprit de l’administration américaine.

Selon Washington, le bouclier antimissiles devrait protéger les Etats-Unis d’attaques en provenance d’Etats « préoccupants ». Que pensez-vous de ce type d’argument ? Et quelles sont les autres motivations qui expliquent ce projet monumental ?

La menace paraît peu probable et peut être largement contrée par la dissuasion, c’est-à-dire le dispositif militaire écrasant dont disposent les Etats-Unis. Je n’accepte pas l’argument comme quoi Kim, Saddam ou Khameney ne peuvent être dissuadés. Les enseignements de l’Histoire sont différents. Nous devrions mettre en garde contre le transfert du concept de dissuasion, tel que nous l’avons connu dans les rapports Est-Ouest, vers d’autres contextes régionaux, au regard de l’incroyable asymétrie dans les relations entre les Etats-Unis et n’importe quel autre pays ; cela dit, les Américains peuvent compter sur la dissuasion – reposant éventuellement sur les seules armes conventionnelles – pour contenir les menaces d’armes de destruction massive que des Etats « préoccupants » utiliseraient contre leur territoire.

Je pense néanmoins que l’évaluation de la menace telle que présentée par le gouvernement américain, reflète sincèrement l’opinion de nombreux conservateurs. Il y a certainement d’autres motivations, comme l’intérêt de certains de contenir la Chine ou de supporter l’industrie aérospatiale. A mon avis, la principale raison est toutefois de type idéologique : les conservateurs américains se sont aveuglément engagés dans le programme de la National Missile Defense (NMD) dans la mesure où il s’agit d’une invention républicaine, en rapport avec le « modèle » que représente Ronald Reagan.

Existe-t-il une chance quelconque de contrer le plan de Bush ?

Avec le changement de majorité au Sénat – la défection du sénateur républicain Jim Jeffords, le 24 mai, l’a fait basculer dans le camp démocrate (ndlr) –, l’avenir du plan est devenu très incertain. Je suis convaincu qu’il existe une chance réelle pour les alliés de pouvoir amener les Américains, non pas à abandonner le plan, mais à l’aménager dans un sens où il intégrerait une série de mesures de contrôle des armements ; une combinaison de mesures défensives et offensives et qui reste négociable.

En juillet, la Belgique entamera sa présidence de l’Union européenne. A propos de la NMD, quel conseil pourriez-vous donner au gouvernement belge ?

Je l’encouragerais à initier une évaluation européenne de la menace, sous la présidence de Javier Solana. Je tenterais aussi de développer une « position commune » sur le principe que tout changement dans le rapport défense-attaque doit être compatible avec la politique de contrôle des armements et faire partie d’un grand « paquet » négociable, à discuter avec la Russie, la Chine, l’Union européenne et éventuellement l’Inde (un autre acteur majeur dans les années à venir).

* Harald Müller est directeur de recherche au Peace Research Institute Frankfurt (PRIF) ; il dirige le programme « Non-prolifération » et a notamment contribué à l’ouvrage « Les Etats-Unis s’en vont-ils en guerre ? », éd. GRIP-Complexe, octobre 2000. (Propos recueillis – et traduits – par Marc Schmitz, attaché de recherche au GRIP)

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Contact auteurs : Vous souhaitez interviewer l’un ou l’autre auteur de ces deux publications ? Contactez Géraldine Servais, attachée de presse au GRIP (Tél. : 02.241.84.20). 

 


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