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Date d'insertion : 26/06/2007

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Le rapport de l'AIEA du 23 mai 2007 :
L'Iran perfectionne ses capacités nucléaires
et limite sa coopération

par Caroline Pailhe *

26 juin 2007

 

Dans sa résolution 1747 (2007) du 24 mars 2007, le Conseil de sécurité des Nations unies demandait au Directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) de « présenter dans les 60 jours au Conseil des gouverneurs de l'AIEA et parallèlement, pour examen, au Conseil de sécurité un rapport concernant la suspension complète et durable par l'Iran de toutes les activités mentionnées dans la présente résolution et l'application par ce pays des mesures prescrites par le Conseil des gouverneurs et des décisions énoncées dans la résolutions 1737 (2006) et dans la présente résolution » [1] .

Le rapport de Mohamed ElBaradei, daté du 23 mai 2007 et présenté devant le Conseil des gouverneurs de l'AIEA le 11 juin, met en lumière plusieurs éléments [2] . D'abord, l'Iran ne remplit pas ses obligations au titre de la résolution 1747, Téhéran n'ayant pas suspendu ses activités liées à l'enrichissement ni ses projets relatifs à l'eau lourde. Par ailleurs, il ne coopère toujours pas de manière satisfaisante avec l'Agence et n'accède pas à la transparence qui pourrait permettre de clarifier la portée et la nature de son programme nucléaire.


Les inspections de l'AIEA continuent...

Depuis le dernier rapport du Directeur général daté du 22 février 2007, l'Iran a facilité l'accès aux inspecteurs de l'Agence internationale à ses installations et matières nucléaires déclarées, notamment à l'installation d'enrichissement de Natanz [3] , conformément à son accord de garanties prévu par le TNP. L'Agence a ainsi été capable de vérifier encore une fois qu'aucune matière nucléaire déclarée en Iran n'a été détournée.


...parallèlement aux activités nucléaires iraniennes

Cependant, l'Iran n'a pas - comme lui enjoignait le Conseil de sécurité -« (pris) sans plus tarder les mesures » prescrites par le Conseil des gouverneurs ni celles prévues par le Conseil de sécurité des Nations unies dans ses résolutions successives (1696 (2006), 1737 (2006) et 1747 (2007)).

1) Le perfectionnement des activités d'enrichissement

L'Iran n'a pas suspendu ses activités liées à l'enrichissement. Le pays continue au contraire de parfaire sa connaissance dans ce domaine ainsi que d'élargir les capacités de ses installations de Natanz :

  1. L'exploitation de l'installation pilote d'enrichissement de combustible (IPEC) s'est poursuivie. Des tests de centrifugeuses isolées et en cascade ont été menés et 4,8 kg d'UF 6 y ont été introduits.
  2. La construction de l'installation d'enrichissement de combustible (IEC) est également toujours en cours et l'introduction de l'UF 6 a commencé dans les cascades.

Le cycle du combustible de l'uranium

La transformation du minerai d'uranium en combustible nucléaire suit le « cycle du combustible » qui combine de nombreuses étapes industrielles :

• l'extraction du minerai d'uranium ;
la concentration du minerai ;
la conversion des concentrés d'uranium en hexafluorure d'uranium (UF 6) gazeux ;
l'enrichissement isotopique de l'uranium converti en UF 6 afin d'augmenter la proportion de noyaux fissiles U 235 trop faible dans l'uranium naturel  (par rapport à l'U 238 très difficilement fissible) ; et enfin,
la fabrication du combustible.

A Natanz, l'enrichissement se fait par ultracentrifugation, qui consiste à faire circuler le gaz UF 6 dans une centrifugeuse tournant à très haute vitesse. Les molécules les plus lourdes se concentrent à la périphérie, ce qui permet de séparer les deux isotopes U 235 et 238.

Chaque centrifugeuse a un débit de matière faible, cette technologie nécessite donc de faire travailler beaucoup de centrifugeuses à la fois, en cascade.

En répétant plus ou moins cette opération, on obtient de l'uranium civil (enrichi à 3-5 % d'isotopes 235) ou militaire (99 %).

Compte tenu du nombre croissant de centrifugeuses mises en place dans cette IEC, l'Iran a accepté, le 22 mars 2007, une méthode de contrôle modifiée qui prévoit, outre une inspection intérimaire mensuelle et une visite de vérification des renseignements descriptifs, une combinaison d'inspections inopinées et de mesures de confinement/surveillance. La première inspection inopinée de l'AIEA a eu lieu le 13 mai 2007.

On sait dès lors que, depuis le dernier rapport du Directeur général de février 2007, l'Iran a introduit environ 260 kg d'UF 6 dans ces cascades. L'Iran a déclaré qu'il avait atteint des niveaux d'enrichissement allant jusqu'à 4,8 % en U 235 sur ce site, ce que l'Agence est en train de vérifier. Le 13 mai 2007, huit cascades de 164 machines opéraient simultanément et étaient alimentées en UF 6 ; deux autres cascades similaires avaient été testées à vide et trois autres étaient en construction.

2) Pas d'activités de retraitement apparentes

Aucune activité de retraitement en cours n'a pu être détectée dans aucune des installations iraniennes, notamment au réacteur de recherche de Téhéran (RRT).

3) Les projets à l'eau lourde toujours en cours sous la surveillance réduite de l'AIEA

La construction du réacteur IR-40 et l'exploitation de l'usine de production d'eau lourde se poursuivent à Arak.

La surveillance par l'AIEA de ces installations a dû se limiter à l'analyse d'images satellitaires car, depuis le 13 avril 2007, l'Iran n'a pas accordé à l'Agence l'accès au site du réacteur en vue de la vérification des renseignements descriptifs. L'Iran considère désormais que la vérification de ces renseignements n'est plus justifiée, compte tenu de l'étape peu avancée de construction de cette installation (voir point suivant).


Manque de transparence et de coopération

La préoccupation majeure de l'AIEA réside dans le fait que ces activités - que le Conseil de sécurité somme l'Iran de suspendre immédiatement - se déroulent alors que l'Agence « reste incapable de progresser davantage dans ses efforts visant à vérifier certains aspects relatifs à la portée et à la nature du programme nucléaire de l'Iran ».

En effet, d'abord, l'Iran n'a toujours pas répondu complètement aux « questions en suspens » soulevées par l'Agence depuis 2003. Ensuite, le niveau de connaissance que l'Agence a des activités nucléaire iraniennes s'est détérioré, notamment car elle n'a pas reçu depuis le début de 2006, date à laquelle l'Iran a repris ses activités d'enrichissement, les informations que l'Iran avait l'habitude de communiquer dans ce domaine, y compris au titre du protocole additionnel.

Pour rappel enfin, à la suite de l'adoption de la résolution 1747 fin mars 2007, l'Iran a annoncé sa volonté de limiter partiellement sa coopération avec l'AIEA [4] . Si Téhéran avait accepté en 2003 un « arrangement subsidiaire » à son Accord de garanties dans le cadre du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) signé en 1974, qui le contraignait à déclarer à l'AIEA toute décision sur la construction d'une nouvelle installation nucléaire, le pays a décidé de revenir à la situation antérieure. Il ne fera désormais connaître à l'AIEA l'existence de telles installations seulement six mois avant de les mettre en service.


Conclusion

« A moins que l'Iran ne résolve les questions de vérification en suspens depuis longtemps et n'applique le protocole additionnel et les mesures de transparence », conclut le rapport, il sera impossible à l'AIEA de « reconstruire intégralement l'historique du programme nucléaire iranien et de donner des assurances quant à l'absence de matières et d'activités nucléaires non déclarées en Iran ou quant au caractère exclusivement pacifique de ce programme ».

Cependant, comme le rappelait Mohamed ElBaradei lors de la présentation de son rapport devant le Conseil des gouverneurs de l'AIEA le 11 juin 2007, face à l'impasse actuelle, « seuls la diplomatie et le dialogue permettront d'arriver à la solution négociée prévue par les différentes résolutions du Conseil de sécurité » [5] .



* chargée de recherche au GRIP

[1] Résolution 1747 du Conseil de sécurité des Nations unies, 14 mars 2007, UN/RES/1747 (2007). Voir http://www.grip.org/bdg/pdf/g4623.pdf pour la version française et http://www.grip.org/bdg/pdf/g4623en.pdf pour la version anglaise.

[2] Conseil de gouverneurs de l'AIEA, « Mise en oeuvre de l'accord de garanties TNP et des dispositions pertinentes des résolutions  du Conseil de sécurité en République islamique d'Iran », rapport du Directeur général, 23 mai 2007, GOV/2007/22. Voir http://www.grip.org/bdg/pdf/g4636fr.pdf pour la version française de ce rapport et http://www.grip.org/bdg/pdf/g4636en.pdf pour la version anglaise.

[3] Pour une description détaillée des principaux sites nucléaires iraniens, voir Cédric Poitevin, Le nucléaire iranien : Ambition militaire ou indépendance énergétique ?, Note d'analyse du GRIP, 4 avril 2007, disponible sur www.grip.org

[4] « L'Iran limite partiellement sa coopération avec l'AIEA », IranPressNews, 25 mars 2007.

[5] Mohamed ElBaradei, « Introductory Statement to the Board of Governors », 11 juin 2007, Vienne, Autriche, disponible à http://www.iaea.org/NewsCenter/Statements/2007/ebsp2007n007.html


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